(part V)
Etre une fille est-ce un handicape dans une usine ?
Les ouvriers veulent être grossiers, ricaner sur mon cul et mes seins mais ils ne peuvent pas se le permettre.
Moi je n’ai rien vu, on me l’a dit.
Serai-je aveugle à ne voir en ces ouvriers que des messieurs gentils et souriants répondant volontiers à toutes mes questions ?
C’est instructif ce stage ! plus instructif tu meurs.
Mon premier jour ici, l’ingénieur m’a dit « tu vas voir les ouvriers sont très gentils, ils répondront à toutes tes questions , ne t’inquiète pas »
Je ne m’inquiétais pas du tout et je ne doutais pas une seule seconde qu’ils allaient me répondre alors pourquoi il croit que je penserais le contraire ?
Parce que je suis le seule fille dans une usine qui pue la testostérone malfamée ?
Ou parce que je fais des études et ces gens n’en ont presque pas fait ? ou les deux en même temps ?Voici un parfait exemple des barrières qui font qu’on ait des têtes aussi limitées dans le contenu aussi bien que dans l’organisation du peu de contenu qui y sommeille.
Ces ouvriers ont des femmes, des enfants, des familles à nourrir d’un travail si fatigant et très peu rémunéré. Aucune augmentation de salaire « cadeau » à part celles imposées par l’état, par contre les augmentations de temps de travail sont incalculables et indiscutables.
Je crois bien que je finirai ce stage en communiste confirmée pure et dure, de toutes les façons tant qu’à faire, croire à l’utopie communiste ce n’est pas plus fou que de croire à d’autres utopie irréalisables de démocratie ou de paix dans le monde. Le communisme est un pragmatisme parfait et infaillible. Ça serait inhumain d’y parvenir. Surhumain peut être.
Ce matin, en discutant avec un ouvrier dont la mauvaise haleine a éradiqué toutes formes de vie- à part la mienne, étant d’une souche résistante- sur un rayon de dix mètres, j’ai constaté que la couleur de ses dents se confondait avec la couleur du morceau d’ébène sur lequel il venait de souffler pour le dépoussiérer. Putain je vois sa vie défiler sur ses dents !
Y a -t-il une seule personne sur terre, homme ou femme, qui pourrait l’embrasser sans dégueuler toutes ses entrailles après ?
J’ai honte de faire ce genre de réflexion alors que moi, il y a très peu de jours, un garçon ne m’a pas repoussée quand, bourrée, ma bouche remplie à demi de salive et à demi de vomis, je l’ai embrassé.
Qui est le plus dégueulasse des deux, l’accumulation des années de labeur, de sueur, d’effort, de misère, de temps, de vie sur ses dents ; ou la « dégueulade » de quelques instants de plaisir raté et trop facile de pseudo vie sur les miennes ?


c’est à voir, ou plutôt à sentir… ou ressentir…