(part II)

Quand tu viens travailler dans une usine et que tu touches à des machines si dangereuses, en franchissant la porte de l’usine tu dois oublier ta vie, parce que ta vie est en jeu » m’a dit un jeune ouvrier ce matin.
« la vie est si dure, si dure à oublier » une réponse qui m’a échappé avec un gémissement, je ne voulais pas répondre, surtout pas comme je l’ai fait.
Il m’a regardé , a souri et a dit « tu as la vie devant toi, que dieu te bénisse et t’aide à réussir dans ta vie »
Il y avait dans son regard et son sourire beaucoup de tristesse « tu as la vie devant toi » ça pourrait être transcrit en « tu n’as rien vu de la dureté de la vie , ta vie tu ne l’as pas encore faite »
J’ai eu honte.
Je me permets de dire en gémissant que la vie est dure après avoir passé une soirée à me saouler dans un endroit branché où on voit défiler la jet set de Tunis, j’ai dormi deux heures, j’ai pris une douche chaude, un café, j’ai fumé une clope et j’ai rejoint l’usine pour dire à un ouvrier qui, si ça se trouve , arrive à peine à se payer une bière dans le bar le plus miteux de le place Barcelone au centre ville, que la vie est si dure, à oublier
Quand je travaillais au centre d’appel , je me rappelle avoir eu une cliente qui m’a dit « on est si petit dans un si grand monde, il ne nous reste que l’autodérision »
Je suis niquée de partout.

passoire va…